Limitation à 30 km/h à Paris, une décision écologique ?

Contribuer à la transition écologique en diminuant les vitesses de circulation au sein des villes, est-ce une bonne idée ? Le moins que l’on puisse dire, c’est que la politique adoptée par la mairie de Paris à ce sujet fait débat. Alors, à quels effets s’attendre ? La limitation à 30 km/h à Paris serait-elle une décision écologique ? Faisons le tour de la question !

Limitation à 30 km/h à Paris : quelles voies concernées ?

Depuis le 30 août 2021, la capitale française a adopté un mode de vie ralenti. En effet, la circulation des véhicules a été limitée à 30 km/h dans la totalité de la ville, alors que seulement 60 % des rues étaient concernées jusque-là.

Mais cette mesure s’applique-t-elle vraiment à toutes les routes ? Non, bien sûr : le périphérique (dont la limitation de vitesse est de 70 km/h) et certains boulevards et avenues sont épargnés, tels que les Champs-Élysées, l’avenue Foch, celle de la Grande Armée, etc. Pour ces rues, une vitesse de 50 km/h est autorisée.

Cette décision, Paris n’est pas la première ville française à la prendre. Des communes telles que Grenoble, Lille ou Nantes ont déjà généralisé cette baisse de vitesse. Par ailleurs, d’autres qui ne l’ont pas encore adoptée ne devraient pas tarder à prendre la même voie : ainsi, la métropole de Lyon prévoit un abaissement de la vitesse dans ses rues en 2022.

Mais comment ce choix a-t-il été fait ? Une consultation publique a été mise en ligne par la ville de Paris du 27 octobre au 27 novembre 2020. Au cours de celle-ci, 5 736 personnes ont émis leur avis, dont 63 % de Parisiens.

Les résultats ? 59 % des Parisiens se disaient favorables à la diminution de la vitesse dans la capitale, dont 20 % qui souhaitaient que certains axes restent à 50 km/h. En ce qui concerne les Franciliens, 36 % étaient plutôt favorables à cette nouvelle mesure.

Réduction de la vitesse à Paris : quels bénéfices attendus par la mairie ?

Contrairement à ce que l’on peut croire, la mairie de Paris n’indique pas, sur sa page de présentation de la mesure, espérer une diminution de la pollution atmosphérique. En revanche, d’autres bénéfices sont attendus.

Plus de sécurité routière

Parmi les répondants de la consultation publique, 49 % exprimaient leur désir de voir la sécurité routière améliorée en ville. En effet, la baisse de la vitesse devrait réduire le nombre d’accidents de 25 à 40 %. Par ailleurs, les risques d’être tué diminuent de 80 % lorsqu’on roule à 30 km/h comparativement à 50 km/h.

Moins de pollution sonore

Un autre effet attendu est la réduction du bruit lié aux automobiles. Ces nuisances sonores sont non seulement dues au bruit des moteurs qui tournent, mais aussi aux frottements des pneus contre le bitume de la chaussée.

BruitParif, un centre technique spécialisé dans l’évaluation de l’environnement sonore, indique ainsi qu’un abaissement de la vitesse de 20 km/h permet de diminuer le bruit de 3 dB.

Or, le bruit impacte non seulement la qualité de la vie, mais aussi la santé. En effet, il provoque stress et insomnies. Diminuer son intensité dans les centres-villes, c’est donc contribuer à améliorer l’hygiène de vie des habitants.

Un espace mieux partagé entre véhicules thermiques et transports durables

Le dernier bénéfice attendu est d’avoir un espace public davantage dédié aux mobilités durables. En effet, abaisser la vitesse de circulation pourrait avoir plusieurs effets :

  • un meilleur aménagement des voies, en diminuant la largeur des rues et en agrandissant les voies cyclables et les trottoirs ;
  • une diminution des risques d’accident et donc un meilleur sentiment de sécurité lorsqu’on prend le vélo.

Quand la limitation de la vitesse fait grincer des dents…

Malgré ces bénéfices, le moins que l’on puisse dire, c’est que cette mesure ne plaît pas à tout le monde ! Et ce, pour 4 raisons principales.

Des risques de retard et de bouchons

Les chauffeurs de taxi en particulier se montrent mécontents. Ainsi, le syndicat de chauffeurs L’Internationale Syndicale des VTC fait partie des 4 associations qui ont déposé un recours devant le tribunal administratif de Paris. En effet, ces derniers craignent que cette nouvelle mesure les empêche d’accéder aux demandes de leurs clients et leur fasse subir beaucoup de retards à cause des bouchons.

Des doutes quant aux bénéfices attendus

Mais ce n’est pas tout : en effet, plusieurs personnes se montrent sceptiques quant aux bénéfices qui pourraient ressortir de cette mesure. La réduction du bruit sera-t-elle vraiment si importante ? En ville, il ne faut pas oublier les nuisances provoquées par les sirènes, les bus et camions… et la vie de manière générale.

Une qualité de l’air négativement impactée

De plus, nombreuses sont celles qui craignent que l’impact écologique soit négatif, notamment en ce qui concerne la pollution atmosphérique. En effet, d’après Jean-Baptiste Renard, un chercheur du CNRS, un moteur thermique présente un fonctionnement optimal entre 50 et 80 km/h. En dessous de ces vitesses, on est en sous-régime, ce qui génère une pollution de l’air plus importante.

Une consultation qui n’a engagé que 1 % de la population parisienne

Enfin, cette prise de décision a été effectuée à partir d’une consultation publique qui n’a engagé que 1 % des habitants de la capitale. Il est donc difficile de savoir si cette mesure est véritablement acceptée par la majorité de la population.

Finalement, la limitation à 30 km/h à Paris est-elle une décision écologique ?

Aussi, face à tous ces constats, une question se pose : la limitation de la vitesse de circulation est-elle une décision écologique ?

L’étude du Cerema : le cas de Grenoble

Le saviez-vous ? Grenoble a été la première métropole de France à généraliser la circulation à 30 km/h. Ainsi, 43 communes de l’agglomération ont vu cette mesure entrer en vigueur au sein de leur territoire entre 2016 et 2017.

Pour savoir dans quelle mesure cette décision a amélioré la qualité de vie des Grenoblois, la métropole a fait appel 3 ans plus tard au Cerema, le Centre d’études et d’expertise sur les risques, l’environnement, la mobilité et l’aménagement. Pour ce faire, le centre d’études a mis en place une méthodologie d’analyse multicritère, en rassemblant des données qualitatives comme quantitatives.

Les résultats suivants ont été obtenus :

  • les risques d’accident ont diminué en nombre comme en gravité ;
  • les piétons et les cyclistes sont globalement favorables à cette réglementation ;
  • le nombre de véhicules motorisés qui circulent dans l’agglomération a diminué de 9 % pour les véhicules légers et de 20 % pour les poids lourds.

Aussi, il semblerait que cette mesure soit favorable pour augmenter la proportion mobilités douces/véhicules thermiques.

La conclusion de l’ADEME

L’ADEME, de son côté, s’est également posé la question de l’impact d’une réduction de la vitesse maximale autorisée et de la généralisation des zones 30 sur l’écologie. Ainsi, en 2014, elle a rassemblé les études à ce propos afin de voir ce que les connaissances scientifiques en disent. En effet, s’il est admis que la diminution de la vitesse réduit les consommations de carburant et donc l’émission de polluants et de particules fines, qu’en est-il en réalité ?

De nombreux facteurs doivent être pris en compte, comme l’âge du véhicule, sa taille, la fluidité du trafic routier, les conditions de circulation, la conduite adoptée par les automobilistes, etc. Aussi, il est difficile de savoir avec précision dans quelles proportions une diminution de vitesse peut impacter la pollution atmosphérique au-dessus des villes. Néanmoins, plusieurs affirmations peuvent être émises :

  • sur les routes départementales, nationales et les autoroutes, réduire la vitesse a un impact positif sur les émissions, mais aussi sur la fluidité du trafic ;
  • en ce qui concerne les voies urbaines, les conclusions sont moins nettes. En fonction des facteurs étudiés, une diminution des émissions comme une augmentation peuvent être observées. Quant à la réduction du bruit, la baisse varie de 0,2 à 3 dB(A) et reste donc relativement faible.

Conclusions de la limitation à 30 km/h à Paris

Finalement, abaisser la vitesse de circulation dans les villes ne semble pas avoir d’impact si positif sur les pollutions atmosphérique et sonore.

En revanche, la généralisation des « villes 30 » peut avoir d’autres effets, indirects cette fois-ci.

  • Le passage de 50 à 30 km/h en agglomération contribue à un trafic moins dense. Ceci permet de diminuer les risques d’accident et d’améliorer le sentiment de sécurité des piétons comme des cyclistes.
  • Les voies de circulation peuvent être réaménagées en faveur des transports durables, tels que les trottinettes, vélos, rollers ou skates… Les conséquences ? Une diminution du trafic routier et une augmentation de la proportion des mobilités douces. Or, ceci a un impact direct sur la pollution de l’air comme sur le bruit.

Ainsi, les conclusions sont claires : les effets d’une telle décision ne se feront pas ressentir sur le court terme. C’est une politique à long terme qui est ici en jeu, pour transformer les agglomérations et aller vers des zones urbaines plus apaisées. Vous souhaitez contribuer à ce changement de paradigme au sein des villes ? N’attendez plus pour vous mettre au vélo !

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